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La crise des eaux souterraines en Inde

Congress: 2008
Author(s):
IRD, Indo- French Cell for Water Sciences, Indian Institute of Science, 560012 Bangalore, India Ph: +918022933127 Fax: +918023600404 jean-christophe.marechal@ird.fr

Keyword(s): irrigation - Inde - agriculture - eau souterraine - surexploitation - gestion
AbstractLa crise des eaux souterraines en Inde Les eaux souterraines – outil de lutte contre la pauvreté Après les famines des années 50, l’Inde a mené une politique agricole très volontariste de façon à atteindre l’autosuffisance alimentaire. Les gains de productivité acquis au moyen de la modernisation des techniques agricoles et de l’utilisation d’intrants (engrais, pesticides et irrigation) ont constitué le fer de lance d’une Révolution Verte qui a permis à l’agriculture indienne de faire face à une demande alimentaire en pleine explosion. Cette extraordinaire adaptation a cependant un prix. L’ irrigation a constitué, parmi les moyens mis en œuvre, une des priorités des politiques d’aide aux agriculteurs. On a assisté en Inde à une explosion de l’irrigation par les eaux souterraines qui a maintenant dépassé, en superficie irriguée, l’irrigation par les eaux de surface. L’accès aux eaux souterraines est devenu un outil de développement rural et de lutte contre la pauvreté, en ce que toute personne qui peut se permettre d’installer une pompe accède librement à l’eau. Les politiques d’électrification des zones rurales et de soutien aux forages ont conduit à la multiplication des forages pour l’irrigation des cultures. Les chiffres disponibles sont éloquents : l’Inde compte aujourd’hui près de 20 millions de forages équipés de pompes, loin devant la Chine qui en compte moins de 4 millions. Une ressource en voie d’épuisement Depuis une dizaine d’années, l’infiltration des eaux de pluie pendant la mousson ne suffit plus à reconstituer le stock d’eau des nappes aquifères. Cette surexploitation des ressources en eau souterraine se traduit par une baisse chronique du niveau des nappes dans de nombreuses régions du sous-continent indien, atteignant un mètre par an dans certaines d’entre elles. Les anciens puits ouverts sont secs, les sources tarissent, les rivières s’assèchent et les rares cours d’eau sont pollués et s’infiltrent vers les nappes qu’ils polluent à leur tour. Les quelques études détaillées montrent, comme celles menées au Centre Franco-Indien de Recherche sur les Eaux Souterraines à Hyderabad, que la baisse du niveau des nappes est due à l’intensité des pompages et non à une mousson déficitaire. Les simulations montrent que les taux de prélèvements actuels ne peuvent perdurer et que les limites des aquifères seront, au rythme actuel, atteintes dans quelques années. Les réservoirs souterrains se vident inexorablement. Cette crise de l’eau souterraine s’accompagne d’une crise énergétique résultant des politiques d’aides aux agriculteurs. Au Punjab, grenier à blé de l’Inde et au Tamil Nadu, autre grand état agricole, l’électricité est gratuite pour les agriculteurs. Dans de nombreux autres états, les tarifs sont forfaitaires sur base de la puissance de la pompe. Ces mesures incitent les agriculteurs à pomper toujours plus et à gaspiller. Les pompes sont activées en permanence. Les compagnies d’électricité sont, sinon exsangues, extrêmement fragilisées par un secteur de l’économie qui consomme un tiers de l’électricité produite et coûte aux compagnies d’électricité plus de 5 milliards de dollars par an. Une gestion intégrée de l’offre et de la demande Une façon d’accroître l’offre consiste, pour les eaux souterraines, à augmenter la recharge naturelle des nappes au moyen de dispositifs de recharge artificielle. Largement inspirées des techniques ancestrales originaires du désert du Rajasthan, les campagnes incitant à la conservation de l’eau (« water harvesting ») se multiplient dans plusieurs états. Reposant sur l’idée simple de retenir l’eau de pluie durant la mousson pour l’utiliser en période sèche, ces techniques a priori pleines de bon sens n’en montrent pas moins des rapports coût-efficacité très élevés et une efficacité très localisée. Dès lors, ne faudrait-il pas repenser la politique de l’eau en termes de limitation de la demande plutôt que d’augmentation de l’offre ? Si l’on observe les échanges globaux, l’Inde constitue le cinquième plus gros exportateur mondial d’eau virtuelle avec environ 160 milliards de mètres cubes exportés entre 1995 et 1999. Cette politique économique d’exportation de grains produits à grands renforts d’eau souterraine questionne les observateurs. Dans le contexte actuel, est-il envisageable que l’Inde continue à exporter ses excédents en subventionnant le prix du riz à l’exportation à cause de cours mondiaux trop bas ? En Chine, face à une baisse similaire du niveau des nappes, la Banque Mondiale a financé d’énormes projets visant à augmenter l’efficacité des techniques d’irrigation. Par un paradoxe lié à l’économie locale, ces mesures coûteuses ont accéléré la baisse du niveau des nappes. Quelle que soit la mesure indirecte prise pour réduire les prélèvements, elle doit faire l’objet d’une étude préalable de ses conséquences sur le cycle de l’eau ainsi que sur les revenus et le comportement des usagers dans un contexte d’économie de plus en plus globalisée. Après avoir réussi la Révolution Verte, l’Inde réussira-t-elle le pari de la Révolution Bleue ?
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